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  • asalvaire

Quarantaine. Jour 49.

Semaine 7. La pire depuis le début.

J’ai passé la semaine entière en mode shutdown.

Incapable de bouger, de penser, de fonctionner.

Ma routine, par la fenêtre.

Sous la couette 23 heures sur 24.

Je m’extirpe à peine quand un vidéo call l’exige et je repars me coucher.

Pour ne pas sentir, je m’anesthésie de séries de 9h à 23h accompagnées éventuellement de gin tonics.

Je ne peux pas répondre à mes mails, impossible. Tous ces messages de gens qui me demandent si ça va et je ne sais même pas quoi leur répondre. Je n’ai pas envie.

Je regarde le biopic de Dalida et je m’identifie bien, bien.

Je suis malaaaaaade, complètement malaaaaaade.

Non ce n’est pas le corona. Honnêtement, le corona je m’en bats les ovaires. Je m’en fous, que je l’ai et que je crève, qu’on en finisse.

Ce n’est même pas forcément le confinement même si ça joue un rôle, c’est sûr.

C’est juste mes traumas qui refont surface parce que, de tous les endroits du monde où je pouvais librement aller passer cette quarantaine, j’ai choisi d’aller à Toulouse avec mon père. Allez savoir pourquoi. Parce que c’était la maison de famille pour moi. Parce que j’imagine qu’on va prendre soin de moi et que la famille doit être un refuge.

Ouais bon, bilan, maintenant je n’ai qu’une envie, c’est de partir mais je ne sais pas vraiment où ni comment donc face à mon impuissance flagrante, je m’enferme dans un auto confinement. Il n’y a pas d’issue. Il faut attendre.

La seule chose que je puisse faire, c’est regarder un écran. Non stop.

Mardi, j’ai vu toute la série Parlament. Sur l’Union Européenne, très drôle.

Mercredi, le Morning show, sur l’après Me-too avec Jennifer Aniston et Reese Whitherspoon. Bon il a fallu un suicide pour que les gens se rendent compte du problème.

Jeudi, Toy Boy. Oui, Toy Boy. 13 heures de strip teaseurs impliqués dans une sombre histoire de réseaux pédophiles sous le soleil de Marbella. Pareil, un gamin est violé par son oncle et tout le monde met 7 ans à s'en rendre compte. Un plaisir.

Conclusion: je suis au bout de ma vie. ABDMV.


Parce que j’essaie d’éviter de croiser mon père dans un appart en confinement et autant vous dire que ce n’est pas facile. Parce que je lui en veux encore de notre dispute de la semaine dernière, de sa violence et de ses mots que je suis censée enfouir sous la moquette comme si de rien n'était. Je sens l’oppression dans ma poitrine et elle m’étouffe. Je sens mon corps en alerte et ça m’épuise. Je sens la colère en moi et je sais que si elle sort, ça va tout péter. Et çà, c’est dangereux. Alors comme j’ai peur des conséquences irrémédiables, je ne dis rien et çà me bouffe de l’intérieur.

Des souvenirs remontent en moi, de disputes et de cris, de violence, d’impuissance et je suis vraiment mais alors vraiment en rage de vivre ça à mon âge. J’ai envie de crier, d’hurler. D’expulser toute cette colère.



Et en plus, cette semaine, j'interviewe Caroline de Haas, la fondatrice du mouvement Nous Toutes contre les violences de genre. Ironique, non? Qui me confirme que le gouvernement n'en a effectivement rien à secouer de la question. 250 viols par jour en France, c'est pas comme si c'était la priorité non plus. 9 femmes sur 10 qui disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel. La violence qui augmente avec le confinement, et alors? Nous Toutes proposent des formations en ligne si çà vous intéresse. Je sens que je me radicalise...


Je lis Pretending, la chronique d’une jeune fille survivante d’un viol qui s’invente une personnalité cool et légère pour avoir du succès en amour. Et se venger de tous les connards effrayés par son “intensité”.

J’en veux aux hommes. De nous traumatiser sans même s’en rendre compte. De nous pourrir la vie à jamais et de nous faire croire que c’est de notre faute. De ne même pas être conscients du mal qu’ils nous font. De décider pour nous, constamment de ce qui est mieux pour nous. De tous ceux qui nous imposent leur autorité et ne se rendent pas compte du mal que ça nous fait. De nous faire peur, tout le temps. De nous faire sursauter constamment. Du mal qu’ils nous font et dont ils ne sont jamais tenus responsables. De ne pas savoir gérer leurs propres émotions et de nous le faire payer. De nous accuser d'être énervées et d'avoir des sautes d'humeur, c'est un comble. De nous insulter sans penser que leurs mots sont empoisonnés et que leur mépris et leur rejet restent là pendant des années dans des blessures infectées qui te gangrènent l’organisme.

Bien sûr, on peut s’éloigner d’eux, éviter leur présence.

Mais leurs voix restent dans nos têtes.




Parfois j’ai le sentiment qu’on m’a volé ma vie.

Ma carrière.

Ma vie amoureuse.

Tout ce que j’aurais pu être si ce n’était pas arrivé.

Oh bien sûr c’est facile à dire a posteriori. C’est facile de blâmer les autres pour ses échecs et de passer pour une victime.

Et pourtant j’ai comme l’impression que ma trajectoire a été brisée en plein vol. Et ça m'enrage. J'aurais pu faire tellement.

C’est quand même bizarre d’avoir enchaîné des boulots dans le conseil et dans l’humanitaire pendant des années et que depuis dix ans, je refuse toute autorité et je ne sois plus capable de rester dans un job plus de trois mois.

C’est quand même bizarre d’avoir habité avec mes partenaires dans des relations longues et que depuis dix ans, je sois incapable de construire une seule relation qui ait un avenir.

Alors, non, sur Instagram, ça ne se voit pas mais je sais bien au fond de moi que ce n’est plus pareil, que je n’ai même pas la stabilité mentale pour être bien pendant ne serait-ce qu’une semaine. Je ne sais même pas bien où j’habite et je n’ai même pas envie de le savoir.

Et cette injustice m’enrage. Je n’avais rien demandé à personne, moi. Je faisais ma vie, tant bien que mal. Aujourd'hui je pourrais avoir une carrière, un enfant, de l'argent de côté. Je ne serai pas obligée de me confiner à Toulouse, bordel. Et je suis jalouse de ceux qui ont pu poursuivre leur vie comme si de rien n'était. Mais toute la violence des mots, des menaces, des cris, des peurs a eu des conséquences et a détruit nos vies. A jamais. Et en plus on m'accuse d'avoir raté la mienne, moi, comme une grande???? Putain de déni.

Et je suis en rage de ne rien pouvoir faire, de ne rien pouvoir dire et je n’ai pas envie que toute cette colère contenue finisse par me pourrir de l’intérieur avec une putain de sclérose en plaques ou de cancer du sein. Cf. le livre de Gabor Maté sur le sujet.

Tous ces silences qui nous tuent.

Si ça continue Je crèverai seul avec moi Près de ma radio comme un gosse idiot Écoutant ma propre voix qui chantera…



PS: Ne vous inquiétez pas, quand j'écris, c'est que je vais mieux. Comme dit Shrek, "Better out than in". On se battra. Jusqu'à la fin. Bon WE à tous.

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